Bernard Kolelas est mort à Paris dans la nuit du 12 au 13 novembre. C'est un choc pour des milliers de Congolais. Depuis son retour d'exil en octobre 2005, à l'occasion des obsèques de son épouse, Bernard Kolelas n'était plus que l'ombre de lui-même. Contesté pour népotisme au sein de son parti, accusé d'avoir conduit des milliers d'innocents à l'abattoir, affaibli par la maladie, rejeté par des milliers de Congolais qui avaient placé en lui l'espoir du renouveau au Congo, cet homme animé par le seul rêve d'accéder au pouvoir ne se remettra jamais de sa défaite commune avec Lissouba, face à Sassou, pendant la guerre civile de 1997. Le Messie auto proclamé qui s'est longtemps regardé en chef de l'Etat, écrivais-je il y a trois ans, finit sa vie en majordome de Sassou. La formule peut paraître cruelle, mais elle résume très bien la carrière politique de Bernard Kolelas.
kolelaUne carrière politique entamée très tôt, à l'âge de 25 ans, dans le sillage de l'abbé Fulbert Youlou, dont il animera la branche jeunesse de son parti, l'UDDIA. A la chute de Youlou, en 1963, Kolelas inaugure ce cycle incroyable et infernal auquel peu de gens survivent. Ce cycle marquera à jamais sa vie pendant plus de 25 ans : prison, torture, liberté, exil. Prison, torture, liberté, exil. Courageux, anti communiste convaincu, jamais il ne cessera de batailler contre le régime marxisant de Massamba-Débat. Parmi ses faits d'arme, on oublie les violences contre les matsouanistes pour ne citer que sa tentative de faire sauter un pylône électrique dans le but de saboter l'organisation des premiers Jeux Africains qui eurent lieu à Brazzaville en 1965.
Fut-il réellement une menace pour le pouvoir de l'époque ? Etait-il, comme on l'affirmait, soutenu par la CIA ? Qui finançait son entreprise de déstabilisation du régime du MNR ? Moïse Tschombé ? Salazar ? Roulait-il pour lui-même ou pour Fulbert Youlou ? On n'a jamais vraiment su démêler les fils de cette période confuse pour faire la part des choses entre ce qui relevait de l'intox, du fantasme, de la propagande et des faits avérés. Une chose est sûre cependant, Bernard Kolelas aura été pour beaucoup dans la paranoïa qui s'empara par la suite du régime de Massamba-Débat qui, chaque matin, voyait des complots impérialistes partout. Paranoïa dont héritera Marien Ngouabi, son successeur. Un Marien Ngouabi qui le condamna à mort et l'exhiba en public dans un stade d'Eboué plein à craquer, avant de le grâcier, impressionné par le culot du personnage. De ce jour naîtra la légende de Bernard Kolelas, l'Insoumis, héros de la lutte anti communiste, toujours prêt à partir au combat et à braver la mort les yeux dans les yeux sans se renier.
kolelas4Les déboires de Sassou et du PCT au début des années 90 sonnent comme une revanche pour cet homme qui aura passé plus de la moitié de sa vie soit en prison, soit en exil. Son heure de gloire a sonné. La conférence nationale souveraine et l'instauration du multipartisme pour lesquels il s'est battu annoncent son triomphe. Le pouvoir après lequel il court depuis tant d'années lui tend enfin les bras. Le voici dans la dernière ligne droite. Intransigeant, autoritaire, piètre stratège et tacticien pitoyable, tribun médiocre, sans projet ni ligne politique clairs, Kolelas peine à se démarquer de l'image de revanchard du Pool que ses adversaires associés du PCT et de l'UPADS s'appliquent avec succès à lui coller à la peau. Loin de rassurer, il fait peur en tombant les pieds joints dans tous les pièges de ses adversaires du PCT et d'ex-PCT regroupés autour de Lissouba. Au deuxième tour de l'élection présidentielle de 1992 face à Lissouba, il ramasse une véritable gamelle (environ 39 % des voix).
De cet échec, il ne tire malheureusement aucune leçon en sacrifiant l'avenir aux calculs politiciens à la petite semaine. Une absence de vision et de perspectives qui ne sera pas sans conséquence par la suite. Pressé d'en découdre avec Lissouba, il se jette dans les bras de Sassou, qui en fera sa marionnette pour déstabiliser le régime de l'UPADS. On connaît la suite, c'est-à-dire les guerres civiles de 1993 et 1997.
La guerre civile de 1997 se présente comme sa dernière chance pour accéder au pouvoir en laissant cyniquement Sassou et Lissouba s'entretuer. Ces deux-là défaits par eux-mêmes, il n'aurait eu qu'à se baisser sans se fatiguer pour ramasser le pouvoir. Mais Kolelas n'est pas seulement buté et obtus. Il manque singulièrement de jugeote. Il abandonne Sassou, son fournisseur d'armes, contre un plat de lentilles, le poste de Premier ministre que lui offre Lissouba. Comme si cette « trahison » (d'après Sassou) ne suffisait pas, il jette ses miliciens ninjas dans la guerre aux côtés des forces de Lissouba, pour combattre les cobras de Sassou. De cette imprévoyance, ce sont Bacongo et le Pool qui en payeront le plus lourd tribut.
Que retiendra-t-on finalement de la vie publique de cet homme qui aura, à sa façon, marqué, l'histoire politique de notre pays au cours de ces vingt dernières années ? Hélas, pas grand chose, sinon l'amertume, voire le dégoût et le sentiment désagréable pour des milliers de militants sincères de s'être faits avoir, victimes de politiciens avides de pouvoir et d'honneurs, sans scrupules et avant tout soucieux de leurs intérêts personnels. Certes, il n'est pas le premier et ne sera pas le dernier à rater ainsi sa sortie de la scène, mais si tout cela, ce n'était que pour finir dans une cage dorée, entretenu par Sassou, il aurait pu nous épargner ces milliers de morts inutiles qui ont endeuillé les rues de Bacongo, les villages et les forêts du Pool.
Paix à son âme.
Musi Kanda